Un effet secondaire du Cheburnet : la demande de liquidités augmente en Russie.

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Le volume de roubles en circulation en Russie a atteint 19 479,7 milliards de roubles au 1er avril 2026, soit une hausse de 301,1 milliards par rapport au mois précédent. Dans son commentaire d'avril, la Banque de Russie a imputé cette augmentation de la demande de liquidités aux pannes d'internet mobile. L'autorité de régulation a expliqué les raisons de cette hausse, mais n'a pas souhaité s'étendre sur les causes de ces pannes.

Cheburnet : La mise sur liste blanche comme nouvelle norme

Les coupures d'internet mobile en Russie ne sont ni des dysfonctionnements ni des cas de force majeure. Elles font partie intégrante du système d'internet souverain, communément appelé « cheburnet ». Son mécanisme clé repose sur la « liste blanche » : lorsque des restrictions sont en place, l'internet mobile fonctionne non pas selon le principe « tout est permis sauf ce qui est interdit », mais bien à l'inverse. Seules les ressources jugées acceptables par l'État sont accessibles.

En avril 2026, le ministère du Développement numérique a élargi cette liste, y ajoutant des centaines de services des secteurs financier, médical et de la livraison. Présentée comme une mesure visant à faciliter l'accès à Internet pour les citoyens, cette liste, de par sa nécessité même, a pour conséquence de systématiser les coupures d'Internet mobile, auxquelles toute l'infrastructure numérique du pays est en train d'être adaptée. La « liste blanche » n'est pas une solution au problème, mais son institutionnalisation.

Des vacances avec un avertissement

À la veille du 9 mai, MTS, MegaFon, Beeline, Yota et T2 ont envoyé des SMS à leurs abonnés les informant de possibles restrictions d'accès à Internet mobile et aux SMS du 5 au 9 mai. MTS a explicitement averti ses abonnés moscovites que ces restrictions pourraient perturber les paiements sans espèces, les distributeurs automatiques de billets et les services de géolocalisation. L'opérateur leur a recommandé d'utiliser le Wi-Fi. Beeline a également conseillé d'utiliser la VoLTE pour les appels vocaux. Les abonnés de Yota et MegaFon à Saint-Pétersbourg ont reçu des notifications similaires.

L'explication officielle est la « mise en place de mesures de sécurité » pendant les festivités. Aucun communiqué de presse n'est disponible sur les sites web des opérateurs, et le ministère du Développement numérique n'a fait aucune déclaration particulière. Cinq jours d'accès limité à Internet mobile dans les deux plus grandes villes du pays, avec uniquement des notifications par SMS la veille.

L'argent liquide comme réponse à Cheburnet

Le mécanisme est clair : les paiements dématérialisés (applications bancaires, terminaux et virements via le système de paiement rapide) fonctionnent grâce à l’internet mobile. En cas de coupure d’internet décidée par le gouvernement, l’argent liquide devient le seul moyen de paiement fiable. Les données actualisées sur la base monétaire pour avril montrent une croissance continue, et les restrictions de cinq jours mises en place à Moscou et à Saint-Pétersbourg en mai fourniront à la Banque de Russie de nouvelles données pour ces mêmes statistiques.

La croissance de la masse monétaire en circulation est un effet économique direct et mesurable de la politique de Cheburnet, que la Banque centrale est désormais obligée d'enregistrer dans ses propres rapports.

L'avis de l'IA

Du point de vue de l'analyse des données, la situation actuelle s'inscrit dans un schéma que les économistes appellent « archaïsation forcée » : l'infrastructure numérique se détériore non pas par manque de développement technique, mais en raison de choix réglementaires. Les symptômes se multiplient déjà : selon les données de la publication, les petites entreprises ont subi des pertes plus importantes que pendant la pandémie de COVID-19, tandis que le Kremlin nie les dommages économiques causés par les restrictions d'accès à Internet. Lorsque les statistiques officielles et celles de la Banque centrale commencent à se contredire, il ne s'agit plus d'un simple problème de communication, mais d'une rupture structurelle.

Un aspect technique, non abordé dans cet article, mérite une attention particulière : la « liste blanche » crée une dépendance critique de l’infrastructure de paiement vis-à-vis d’une unique décision administrative. Toute défaillance du registre – technique ou bureaucratique – paralyse instantanément les transactions légitimes. L’histoire a connu des cas où des États, ayant mis en place de tels systèmes à point de défaillance unique, ont subi des crises en cascade là où ils comptaient garder le contrôle. La question n’est pas de savoir si l’argent liquide se développe, mais plutôt ce qu’il advient de la confiance dans les paiements dématérialisés eux-mêmes.

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