
Martina Weimert, directrice exécutive de l'Initiative européenne pour les paiements (EPI), a déclaré que l'Europe est fortement dépendante des solutions de paiement internationales et qu'il est urgent de créer des alternatives européennes à Visa et Mastercard. Dans une interview du 9 février 2026, elle a souligné l'existence de systèmes de paiement nationaux, mais le manque de solutions transfrontalières.
Mémorandum sur la souveraineté des paiements
Une semaine auparavant, le 2 février, cinq grands fournisseurs européens de services de paiement avaient signé un protocole d'accord visant à accélérer le déploiement de solutions de paiement paneuropéennes souveraines. Cette coalition comprenait l'italien Bancomat, l'espagnol Bizum, l'Initiative européenne des paiements, le portugais SIBS (dont MB WAY) et le scandinave Vipps MobilePay.
Cette alliance réunira environ 130 millions d'utilisateurs dans 13 pays européens. Son objectif est de créer des paiements transfrontaliers fluides d'ici 2027 et de renforcer la souveraineté de l'Europe en matière de paiements en réduisant sa dépendance vis-à-vis des acteurs non européens.
Cette initiative s'appuie sur des solutions existantes via une plateforme centrale conforme aux normes européennes, notamment pour les virements instantanés entre comptes. Le plan prévoit le lancement des paiements P2P en 2026 et des fonctionnalités de commerce électronique et de point de vente en 2027.
Statistiques sur la dépendance
L’ampleur du problème a été soulignée par Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne, dans une interview du 6 février. Selon lui, environ 70 % des transactions initiées par carte sont traitées par des entreprises non européennes.
Le rapport 2022 de la BCE indique que les réseaux internationaux de cartes bancaires, tels que Visa et Mastercard, représentent environ 61 % des paiements par carte dans la zone euro. Les réseaux nationaux ne représentent que 39 % du marché, et 13 pays de la zone euro ne disposent d'aucune alternative.
Cipollone a souligné la nécessité d'un euro numérique pour remédier au problème de la dépendance vis-à-vis des prestataires de paiement non européens, accroître la résilience du système et réduire les coûts pour les petites entreprises.
sécurité stratégique
Les autorités de régulation européennes considèrent la création de leur propre infrastructure de paiement comme une question de sécurité nationale. La dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains engendre des risques dans un contexte de tensions géopolitiques et de conflits commerciaux.
Le nouveau système paneuropéen s'appuiera sur les solutions nationales existantes, intégrées via un hub technologique unique. Cela permettra d'éviter la duplication des infrastructures et d'accélérer la mise en œuvre.
Le succès de cette initiative repose sur la volonté des banques et des commerçants d'intégrer les nouveaux systèmes de paiement. Les autorités européennes ambitionnent de concurrencer véritablement les géants américains d'ici la fin de la décennie.
L'avis de l'IA
Du point de vue historique, l'initiative européenne s'inscrit dans la même logique que la création du système MIR russe après 2014, lorsque la pression des sanctions a contraint le pays à rechercher la souveraineté technologique. Fait intéressant, l'Europe emprunte cette même voie de son plein gré, sans contrainte extérieure, ce qui témoigne d'une compréhension approfondie des risques stratégiques.
L'analyse des machines révèle une différence fondamentale : cinq architectures technologiques distinctes doivent être intégrées via une plateforme centrale, engendrant des complexités auxquelles MIR n'a pas été confronté lors de sa création. L'approche européenne pourrait servir de modèle à d'autres régions, comme l'Amérique latine, l'Afrique et l'Asie. De toute évidence, nous assistons aux prémices d'une fragmentation du système de paiement mondial en blocs régionaux.
