
Tobias Adrian, conseiller financier du Fonds monétaire international (FMI), a identifié quatre raisons pour lesquelles les actifs tokenisés constituent une menace pour le système financier mondial.
D’après l’expert, le premier danger réside dans l’incompatibilité des plateformes de tokenisation fonctionnant selon des normes différentes. Une telle fragmentation pourrait répartir la liquidité entre des référentiels numériques isolés, réduire l’efficacité de la compensation et compromettre la convertibilité des actifs à leur valeur nominale.
Le second danger réside dans la menace qui pèse sur la stabilité financière. L'expert estime que les exigences automatiques en matière de garanties, les règlements en temps réel et les transactions automatisées, où une action déclenche une série de transactions successives selon des règles prédéfinies, réduisent considérablement le temps d'intervention des autorités de régulation en cas de situation imprévue. Adrian craint que les régulateurs et les entreprises n'aient pas le temps d'intervenir dans le processus de paiement avant que la situation ne devienne incontrôlable.
Le troisième danger : les paiements tokenisés peuvent être effectués dans plusieurs juridictions et traités via des registres partagés. Toutefois, en cas de problème, le gel des avoirs ou les mesures d’exécution doivent être menés conformément à la législation de chaque pays, explique le consultant financier. Il craint que, lorsque les autorités de régulation internationales doivent agir rapidement, elles ne parviennent pas à s’entendre sur la solution à apporter, ou que la situation ne s’enlise.
Le quatrième problème lié à la tokenisation, selon Adrian, réside dans les stablecoins libellés en dollars, considérés comme particulièrement dangereux pour les pays en développement. Ce consultant financier estime que les stablecoins indexés sur le dollar pourraient se substituer aux monnaies locales et compromettre la souveraineté monétaire des pays à économie fragile, les banques centrales étant incapables de contrôler ces jetons privés.
Le FMI a déjà exprimé ses inquiétudes quant au fait que les stablecoins pourraient remplacer la monnaie conventionnelle et entraver la capacité des banques centrales à contrôler les flux de capitaux.
Selon la plateforme RWA.xyz, la valeur totale des actifs réels tokenisés (RWA) a progressé de 4 % le mois dernier pour atteindre 26,7 milliards de dollars. La valeur notionnelle totale des RWA, incluant les actifs non attribués aux investisseurs, a augmenté de 31 % sur la même période, s'établissant à 441,3 milliards de dollars. Le nombre de détenteurs d'actifs tokenisés a quant à lui progressé de 5,5 % pour atteindre 710 792.
L’an dernier, la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, a exhorté les banques centrales à tester et à lancer leurs propres monnaies numériques de banque centrale (MNBC) dès que possible afin d’empêcher que les stablecoins ne deviennent une menace pour les prêts bancaires.
